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Création & Art botanique

A la rencontre de l'univers botanique d'Audrey Demarre, brodeuse

Deuxième épisode de notre série de portraits, les Rencontres Botaniques, consacrée à celles et ceux dont le regard mêle botanique et création. Nous y retrouvons Audrey Demarre, brodeuse.

Après vingt ans passés dans l'édition de livres illustrés, elle a choisi de se consacrer à la broderie, qui l’attire depuis l’enfance. Ses sujets de prédilection : les femmes et la nature sous toutes ses formes.

Audrey vit à Paris, dans une impasse pavée qu’elle et son compagnon ont fleurie et végétalisée avec leurs voisins, et qu’ils entretiennent avec soin.

Quand vous choisissez de broder une plante plutôt qu’une autre, qu’est-ce qui guide ce choix ?

Cela dépend vraiment si je travaille sur commande ou pour moi. Au-delà des caractéristiques graphiques qui m’attirent dans une fleur, il y a surtout le défi qu’elle représente en broderie. Je ne fais pas d’aplats : je joue beaucoup avec le blanc du tissu, avec les contours, avec ce qui est suggéré plutôt que rempli.
Chaque fleur devient un problème plastique à résoudre, presque un défi en soi.

Vous brodez des espèces très précises - marguerites, coquelicots, jonquilles, hellébores - est-ce que vous travaillez à partir de plantes que vous observez directement, ou plutôt à partir de planches, d’images, de références botaniques ?

C’est un mélange de tout ça. Parfois j’ai la chance d’avoir la fleur sous les yeux, parfois je travaille à partir de planches, d’illustrations ou de photos. J’ai tendance à superposer plusieurs sources : c’est presque un collage. Je fais une sorte de synthèse personnelle entre différentes représentations de la plante.

Vous travaillez souvent à partir de textes, de poèmes ou de romans. Est-ce qu’il vous arrive de partir d’un nom botanique lui-même, de ce que le nom d’une plante contient comme charge poétique ou mémorielle ?

Oui, tout à fait. Je suis d’ailleurs en train de travailler sur un projet autour des expressions qui contiennent des fleurs, donc la réponse est clairement oui. Les mots font partie de mon parcours et de ma formation. Ils viennent souvent finaliser la broderie, qu’il s’agisse d’une carte, d’un sujet en coupe ou d’un herbier, qui sont certains de mes thèmes de prédilection.

Vos broderies s’appuient souvent sur des étoffes anciennes qui ont déjà une
histoire. Est-ce que vous portez le même regard sur les plantes que vous brodez ?

Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est l’histoire des plantes dans l’imaginaire collectif.
Selon leurs propriétés, leurs vertus, leurs couleurs ou leurs formes, on leur attribue des symboliques très différentes. Les chrysanthèmes, les pissenlits…

J’aime beaucoup cette fleur, par exemple, dont le nom anglais « dandelion », la dent de lion, retient surtout la forme de la feuille, ce qui est, je trouve, bien plus poétique pour une plante si singulière, changeante et belle, que le français qui n’en a gardé qu’un usage médicinal, presque réduit à son effet diurétique, « pisse-en-lit ».

L’histoire de la broderie botanique, les herbiers brodés, les grandes planches de soie anciennes, est-ce un territoire que vous explorez ? 

Oui, bien sûr, mais de façon assez libre. J’aime bien glaner, de manière presque intuitive, sans être dans une approche trop systématique. Je mélange les époques, les techniques, les pratiques amateurs et les approches plus académiques.

Quelles sont vos sources d’inspiration botaniques contemporaines ? Y a-t-il des artistes, des œuvres d’aujourd’hui qui nourrissent particulièrement votre regard sur le végétal ?

Je suis très inspirée par l’artiste Louise Despont et ses collages notamment floraux très singuliers. Et par mon amie Emma Cassi, qui brode de manière intuitive et fait vivre ses tissus en les colorant dans la nature. Ce sont des pratiques très différentes mais qui nourrissent beaucoup mon regard.

Quelles plantes vivent chez vous en ce moment ? Est-ce qu’il y en a une à laquelle vous êtes particulièrement attachée?

J’avais offert à mon compagnon un Cornus kousa qui, après six ans de bons et loyaux services, semble avoir rendu l’âme, sans doute attaqué par un parasite.
Cela a été un vrai petit drame pour moi. Une plante, c’est un compagnon, un porte-bonheur, un plaisir quotidien. Quand elles disparaissent, ce n’est jamais anodin. Je suis très attachée aux symboliques, ai-je besoin de le dire ?

Y a-t-il une odeur, une texture, un détail sensoriel lié au végétal qui revient souvent dans votre quotidien ou dans votre travail ?

J’aime beaucoup les odeurs très végétales, comme celle de la feuille de figuier par exemple. Et celle de la rose aussi, très connue, presque galvaudée, et pourtant toujours étonnamment subtile et précise. Il y a aussi l’odeur sucrée, presque de bonbon, des violettes, qui me renvoie à ma grand-mère Cécile et à mon arrière-grand-mère Irma, dont c’était la fleur favorite.

Y a-t-il quelqu’un dont vous aimeraiez lire l’entretien dans ce format de rencontre botanique?

Pourquoi pas Alice Roca, qui sait mettre le jardin dans son assiette avec fantaisie, créativité et justesse, et ce n’est pas rien.

Merci beaucoup Audrey d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

© Photographies réalisées par Eléonore Wallet. Tout droits réservés, interdiction de reproduction.